Sydney - les francophones des antipodes

 

Hier

L’Australie, un continent 14 fois plus étendu que la France, habité depuis plus de 50.000 ans par une population indigène – les aborigènes – compte aujourd’hui 22 millions d’habitants. L’immigration de ces trente dernières années, provenant essentiellement de pays de tradition catholique, notre Église y est, selon les derniers sondages, représentée par 26% de la population et devance les Anglicanes et les Orthodoxes…

Depuis longtemps la France entretient un lieu spécial avec l’histoire de l’Australie : rappelons par exemple les escales qu’y fit l’expédition du comte de Lapérouse (1785-1788)... et surtout, pour les catholiques de Sydney, la présence de la tombe du Père Claude François Joseph Receveur, mort le 17 février 1788. Ce prêtre franciscain, botaniste renommé et aumônier de l’expédition, a été sans doute le premier à célébrer la Messe sur le continent australien.

L’origine de l’Aumônerie francophone de Sydney date de 1969 : un jésuite belge, le Père Henri Georges Aerts, aumônier des Russes et des Italiens ajouta alors à sa charge la communauté francophone de Sydney… Il fut aussi le premier à organiser la diffusion en français des nouvelles provenant de l’Ile Maurice sur les ondes de la radio ethnique 2EA. Pendant quinze ans, le Père Aerts présida l’Eucharistie en trois localités différentes, rendit la visite aux malades, catéchisa les enfants et se rendit disponible totalement pour répondre sans relâche et avec dévouement à tous ceux qui avaient besoin du réconfort d’un Père…

Après sa mort soudaine le 26 septembre 1982, ce fut le Père Jean François Roesch qui prit la relève. Ce prêtre à la retraite, venu en Australie pour répondre à l’invitation d’un ami – le P. Grove Johnson – demeura au service de la communauté francophone de Sydney jusqu’à sa mort, survenue aussi brutalement que celle de son prédécesseur, le 12 juillet 1994.

Durant deux ans la communauté fut privée d’aumônier car il semblait déraisonnable de détacher un prêtre pour la seule communauté francophone. Cette crainte d’un ‘‘gaspillage des effectifs’’ pouvait sembler justifiée dans la mesure où la langue anglaise était bien maitrisée par la majorité des Mauriciens vivant à Sydney ainsi que par les ressortissants français tant cette langue était devenue le véhicule quotidien des hommes d’affaires et autres professionnels…

Le coté « management » du personnel, avait néanmoins oublié un composant non négligeable de la communauté francophone de Sydney… celui des personnes malades en provenance de la Nouvelle Calédonie ainsi que de Walis et de Futuna !!!

Pour ces Français des îles du Pacifique, venant se faire soigner en Australie, fallait-il ajouter à leur souffrance physique un isolement psychologique aggravé par la barrière du langage ?

C’est pour apporter une réponse à ce questionnement humain que l’archevêque de Nouméa, Mgr Michel Calvet intervint en 1996 auprès de l’archevêque de Sydney, le Cardinal Edward Bede Clancy, afin de lui demander de bien vouloir désigner un prêtre francophone susceptible d’apporter un soutien spirituel et moral à ces êtres qui en avait indiscutablement besoin.

Après un sondage effectué au sein de la communauté, après la consultation du clergé de l’Archidiocèse de Sydney, le Cardinal Clancy m’a proposé d’assumer en juillet de 1996, la responsabilité d’aumônier de la communauté francophone de toute la métropole de Sydney.

Ayant déjà eu l’occasion d’accompagner le Père François Roesch, je m’étais un peu familiarisé avec la communauté francophone des banlieues du sud ; il m’a par la suite été facile d’avancer en eaux profondes en accompagnant les malades dans les hôpitaux. Je me suis également rendu disponible pour satisfaire au mieux les besoins pastoraux de la communauté francophone de toute la région de Sydney…

Par contre, je n’ai pas renoué avec la Messe mensuelle à Canberra, faute de demande officielle de la part de la communauté servie auparavant par le Père François.

Ainsi la plus grande partie de mon temps est consacré aux visites effectuées auprès des malades francophones dans les hôpitaux : il est arrivé qu’il y ait dans le passé près de deux mille malades calédoniens et wallisiens dans une année !

Dans l’accomplissement de ma tâche, j’ai pu bénéficier de l’aide d’une religieuse remarquable, Sœur Marie-Charlotte Leduc, Missionnaire de Marie ; depuis 1983 jusqu’à l’an 2000, sa présence fut également très appréciée de la part des patients !

Aujourd’hui

Dix à quinze hôpitaux par semaine, une douzaine de maisons de retraite pour les personnes âgées par mois, des visites ‘‘amico-pastorales’’ ainsi que les célébrations une fois par mois de Messes en français dans cinq localités différentes, tel est l’essentiel de mon emploi du temps pastoral auprès des fidèles francophones de cette ville de près de quatre millions et demi d’habitants. Cinq mille kilomètres de parcours routier mensuel m’ont permis de connaître la belle ville de Sydney et ses environs…

A côté de ces activités principales auprès des malades et des personnes âgées, il me faut ajouter mes interventions catéchistiques, chaque vendredi après l’école - sauf lors des vacances scolaires – auprès de six groupes d’enfants inscrits au Lycée français de Sydney. Six mères de famille volontaires s’efforcent également, avec tout leur dévouement et leur foi, à faire découvrir aux enfants l’amour de Dieu révélé à travers l’Histoire Sainte de la Révélation divine.

Chaque vendredi de catéchèse, je m’efforce de répondre, pendant une demi-heure, aux questions fort sérieuses de deux groupes de participants réunis, à tour de rôle, en un seul.

D’un point de vue numérique, les Mauriciens constituent le plus important effectif de notre communauté francophone ; s’y joignent des Bleges, des Canadiens, des Congolais, des Égyptiens, des Français, des Libanais, des Rwandais, des Soudanais, des Syriens sans oublier quelques francophiles australiens..

Chaque année nous avons l’habitude de nous réunir pour des célébrations d’une grande importance, notamment pour les Français ou pour les Mauriciens.

Depuis 23 ans, au cours du troisième dimanche de février, des centaines de fidèles accompagnés de leurs amis australiens se donnent rendez-vous à la Messe de 11h00 pour rendre un hommage à la mémoire du Père Receveur - cf ante -. Cet événement annuel célébré à La Pérouse est toujours une belle manifestation au cours de laquelle tous ceux qui aiment la France se retrouvent avec une grande joie, et communient dans le souvenir.

Dans les tout-premiers temps, les autorités françaises du Consulat, et/ou de l’Ambassade de Canberra ainsi que les hommes politiques français vivant en Australie ou de passage à Sydney…participaient à cette commémoration.

Depuis la déclaration du Président de la République sur la ‘‘laïcité positive’’, les représentants officiels du peuple ont déserté la scène de ces célébrations… Absence conjoncturelle ? Discrimination envers les chrétiens devenus non représentables ?

Absence pesante...car cette année, les gerbes tricolores ont été déposées sur la tombe du Père Receveur par les seuls : Gouverneur Général de la Nouvelle Galle du Sud, Professeur Marie Bashir et par le Ministre du gouvernement, M. Michael Daley…

Depuis près de quarante ans, plusieurs centaines de Mauriciens accompagnés de leurs amis francophones et francophiles se réunissent le deuxième dimanche du mois de septembre, pour célébrer la fête de leur saint patron, le Bienheureux Père Jaques Désiré Laval, Apôtre de l’Ile Maurice… A cette occasion trois chorales se rejoignent pour chanter à l’unisson la gloire de Dieu révélée à travers la vie de ce Saint, docteur en médecine et missionnaire.

A cette fête succède, à partir du samedi suivant, une retraite spirituelle annuelle : elle réunit dix à vingt retraitants.

Depuis douze années, notre aumônerie organise, le dernier samedi du mois d’octobre, une Soirée de Charité destinée à venir en aide à quelques œuvres sociales de l’Ile Maurice et de Madagascar, telles que l’éducation, la santé, le développement rural associé à la protection de l’environnement, le microprojet de logement (Ile Maurice), sans oublier de mentionner l’aide d’urgence à mettre en place en cas de désastres naturels, etc.

Cet événement rassemble entre 200 à 240 personnes de diverses provenances ethniques mais majoritairement italienne… Cette rencontre est organisée par des volontaires mauriciens aidés par toute personne de bonne volonté ; elle est honorée par la présence de diplomates et de professionnels des affaires… Grâce à Dieu et à la générosité des participants, nous avons pu l’an dernier réunir 53.000 dollars australiens destinés, par l’intermédiaire de Caritas Madagascar, à aider les œuvres charitables d’éducation et de promotion de la santé mises en place dans le Sud-Est de la Grande Ile.

Cette association de charité est reconnue par le gouvernement de la NGS sous le nom : « Sydney French Roman Catholic Charities ».

Notre aumônerie francophone dispose d’une page entière mise à sa disposition dans « Le Courrier Australien » grâce à la bienveillance de M. Bernard Elatri, éditeur de ce journal, le plus ancien d’Australie (119 ans) publié en langue étrangère (française).

Nous diffusons par ailleurs les informations concernant la vie de l’Aumônerie deux fois par an, dans un journal au titre un peu "exotique", "Le Digeridoo" (l’edition du numéro ‘‘50’’ est parue au mois de février dernier).

Demain ?

Dieu seul le sait !

Comme je l’ai mentionné antérieurement, la raison d’être de l’Aumônerie francophone de Sydney réside dans la pastorale auprès des malades francophones des hôpitaux de Sydney, à 98 % de provenance calédonienne…

Si un jour la Nouvelle Calédonie accédait à l’indépendance totale, les malades manqueraient très probablement des moyens financiers nécessaires pour venir se faire soigner à l’étranger et notre Aumônerie arriverait à sa fin ‘‘naturelle’’…

Cette fin ‘‘naturelle’’ serait justifiée aussi car de plus en plus de jeunes issus de parents francophones, pratiquent des mariages mixtes et s’insèrent bien dans l’ambiance anglophone dominante. La langue française deviendra peut-être un beau souvenir et ne sera plus pratiquée qu’entre quelques catégories d’individus, cessant d’être une réalité vécue en famille ou dans une communauté…

Pour ma part, j’espère (avec l’aide de Dieu), continuer à parcourir la métropole de Sydney à raison de 5.000 km par mois pendant encore quelques années…

 

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