Le 8 décembre, nous fêtons l’Immaculée conception. Qu’est-ce que cela veut dire ? La réponse du P. Jacques Nieuviarts aux questions de Sophie de Villeneuve, rédactrice en chef de croire.com.

Marie sans péché, est-ce dans les textes ?

J. N. : Ce que les Evangiles nous disent de Marie se trouve principalement dans les deux premiers chapitres de Luc. On voit aussi Marie au pied de la Croix, notamment dans l’Evangile de Jean. On la sait présente tout au long de la vie de Jésus et dans les débuts de l’Eglise. Dans le texte de l’Annonciation, l’ange Gabriel apparaît à une jeune fille nommée Marie, en Galilée. Il lui annonce la venue de Dieu en elle, et Marie répond Oui.

Là on parle de la virginité de Marie. Mais Marie sans péché ne figure pas dans l’Évangile ?

J. N. : Non, pas vraiment. Mais il faut se souvenir que dans la foi chrétienne, tout ce que l’on dit de Marie provient de ce que l’on a découvert de Jésus. La foi des premiers siècles, en se déployant, a dû trouver ses mots et se définir en s’affrontant à une pensée souvent contraire, à des courants de division, à des hérésies… Ce sont les conciles des premiers siècles qui sont parvenus à dire avec clarté que Jésus était vrai Dieu et vrai homme. Dès lors, s’il est vrai Dieu et vrai homme, Marie est mère de Dieu ! Et Marie, étant mère de Dieu, n’a pas pu connaître le péché. D’où cette affirmation :

Marie est conçue sans péché.

Si elle est conçue sans péché, cela veut-il dire que tout au long de sa vie, elle ne s’énerve jamais, ne se met jamais en colère, enfin toutes ces petites choses que l’on connaît ?

J. N. : Quand on dit que Marie est conçue sans péché, cela veut dire que dès le début, elle est dans la clarté totale. Elle est dans une disponibilité totale, une terre vierge sur laquelle Dieu peut écrire son projet. Après, s’est-elle mise en colère ? J’imagine que oui, elle n’a pas été exemptée de vivre une vie humaine. Seulement elle a vécu dans la clarté totale de Dieu. Il y a des colères qui endommagent les autres, et il y a de saines colères, Jésus en a eu lui aussi.

Mais ce qu’on appelle le péché, cette séparation d’avec Dieu, elle ne l’a pas connu du tout ?

J. N. : C’est inconcevable. Elle en a été préservée entièrement, c’est la foi de l’Église. Corrélativement, on affirme aussi l’Assomption de Marie, qui dit qu’elle n’a pas connu non plus la dégradation de la mort. Les deux dogmes de l’Immaculée Conception et de l’Assomption datent respectivement de 1854 et de 1950, et sont liés.

C’est bien à Lourdes que Marie a dit à la petite Bernadette : «Je suis l’Immaculée Conception» ?

J. N. : Oui, en 1858, Marie le lui dit en patois, et Bernadette répète jusque chez le curé Peyramale cette affirmation qu’elle ne comprend pas, et qui laisse le curé étourdi d’entendre de la bouche de cette illettrée l’affirmation que l’Église vient de prononcer quatre ans plus tôt.

Cela prouve que c’était important pour la foi ? Tout de même, il n’y a que les catholiques qui reconnaissent Marie sans péché !

J. N. : C’est exact. Tous les chrétiens reconnaissent Marie mère de Dieu, mais seuls les catholiques insistent sur le dogme de l’Immaculée Conception. Pour notre foi, c’est une manière d’aller plus loin dans la compréhension de Marie.

Dans notre vie quotidienne, qu’est-ce que cela dit ?

J. N. : Cela dit ce qui se révèle en nous, cette clarté de Dieu qui peut s’installer petit à petit. L’immaculée Conception, l’Église l’affirme uniquement de Marie. A ce titre elle est différente de nous. Marie, telle que les Évangiles la présentent et telle que la foi de l’Église la comprend, nous montre ce que devient un être quand il se laisse toucher intégralement par l’Évangile. Et nous rencontrons des gens qui vivent de cette clarté totale, et qui sont en très grande proximité avec Marie.

Cela veut dire que même si nous ne sommes pas conçus sans péché, nous pouvons essayer de ressembler à Marie ?

J. N. : Je le crois, parce que nous ne sommes pas faits pour vivre dans le péché. Le péché, c’est une corrosion, une usure dans notre relation avec Dieu. Nous sommes faits pour vivre dans cette clarté et cette intimité de Dieu, ce choix de Dieu de notre part qui transforme notre vie et nos relations quotidiennes.

Mais comment faire au jour le jour ?

J. N. : Au jour le jour, il faut faire comme Marie : être disponible à une parole qui vient de Dieu. Ce n’est pas de nous que viendra la transformation, c’est d’une parole entendue, que nous laisserons irriguer notre vie. Marie donne pleinement sa vie, Jésus appelle à le suivre, il dit au pécheur : «Tu es pardonné», à la femme adultère «Va et ne pèche plus»… Quand nous laissons toutes ces paroles imprégner notre cœur, elles bouleversent notre vie et petit à petit la rapprochent de Dieu. C’est cela que Marie a vécu, cette proximité infinie. C’est pourquoi elle nous est présentée comme un modèle, bien qu’elle soit, comme disent les textes, «de notre race».

Cela veut-il dire qu’il faut lire un passage de la Bible tous les jours ?

J. N. : Bien sûr ! Il faut pratiquer une écoute attentive de la Parole, une écoute amoureuse aussi. Quand l’Évangile dit que Marie «gardait toutes ces choses en son cœur», elle qui vivait avec les Écritures de son peuple, ce qu’elle gardait dans son cœur, c’est cette rencontre de Dieu. Et cette rencontre très spécifique, elle la faisait en voyant vivre Jésus, qui l’a plus d’une fois désarçonnée. Comment faisait-elle pour vivre ? Comme vous et moi, en essayant de retrouver où était le cap, et c’était pour elle dans cet enracinement dans la Parole de Dieu. La tradition chrétienne a d’ailleurs beaucoup représenté Anne, la mère de Marie, en train d’apprendre à sa fille toute petite à lire la Torah.

Si je comprends bien, ce dogme n’est pas fait pour nous éloigner de Marie, mais pour nous montrer qu’on peut devenir comme elle.

J. N. : Il nous montre que c’est possible dans un être, et que c’est un aimant pour nos vies.

Possible dans un être, mais pour nous ? Pouvons-nous, non pas être conçus, mais devenir sans péché ?

J. N. : Je crois que c’est notre désir le plus profond. Et Marie dans l’Évangile nous montre que c’est possible, concrètement possible. Vous et moi, touchés par l’Évangile, pouvons rayonner de l’Évangile. Alors on pourra dire un jour de nous aussi : «En eux le Verbe s’est fait chair», «la Parole de Dieu a pris corps».
Source : Croire.com

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